Art contemporain

La fièvre du surf

Par Léa Delpont, mis à jour le 06/08/2007 16:33 - publié le 27/07/2007

50 ans, ça se fête! En hommage à ce sport emblématique pour la côte basque, Biarritz organise cet été le Marché international d'art contemporain consacré au surf. Une grande première.

Il y avait la Fiac à Paris - Foire internationale d'art contemporain - il y a désormais le Miacs à Biarritz: le Marché international d'art contemporain consacré au surf, sous le parrainage du pionnier du surf art, John Severson. Le champion aux cheveux d'argent de l'île Maui, 74 ans, peintre, photographe, cinéaste, graphiste, a façonné l'iconographie légendaire du privilège des rois hawaiiens, devenu un sport contestataire et un style de vie, avant de s'imposer comme un mouvement de masse et un énorme succès commercial. Etudiant à l'école d'art de Long Beach, en Californie, il a peint ses premières toiles dans les années 1950, fondé le premier magazine en 1960 et tourné les premiers films, Surf Safari, Pacific Vibrations, aussi légendaires qu'introuvables. Ses affiches valent des fortunes dans les ventes aux enchères et ses plus beaux clichés ont été rassemblés en 2004 dans un ouvrage d'anthologie, Surf Fever.

© Lionel Charrier/MYOP pour L'Express

Gerard Decoster, chez lui. Après avoir baigné dans les milieux parisiens de l'art, de la mode et de la publicité, ce collectionneur découvre le surf et s'installe auPays basque. Passionné, il est à l'origine de la création du Miacs.

Le Miacs, célébration haute en couleur d'une contre-culture venue de l'océan, coïncide avec le cinquantenaire du débarquement du surf en France, à Biarritz précisément. En 1957, Gérard Decoster avait 10 ans. Sous les pavés parisiens, il n'y avait pas encore la plage. Il a grandi sur le bitume, mais il a su très vite surfer sur la tendance. Il se frotte aux milieux de l'art, de la publicité et de la mode dans les années «rétromaniaques». Il compte parmi les pionniers des Halles avant l'ère du Forum, quand le quartier grouillait de fripes, de brocantes et de disquaires. Sa boutique rue Pierre-Lescot, la mythique Pendora de Luxe, fondée en 1973, rebaptisée Globe en 1975, était le Colette de l'époque: un bric-à-brac de kitsch, de récup, de nouveautés et de gadgets high-tech. Certains se souviennent peut-être y avoir acheté leurs premiers jeans Levi's ou leur première paire de Nike.

A 30 ans, Gérard Decoster découvre le skateboard, qui le mène naturellement au surf, la mère de toutes les glisses. «En 1979, on a loué une villa pour 25 à Hossegor et on s'est jeté à l'eau avec de vieilles planches usées. Honnêtement, ça n'a pas été très concluant, mais j'ai découvert le jambon de Bayonne, les tapas... J'ai ouvert un surf shop à Biarritz!»

L'Atlantique, loin d'étancher sa soif d'objets, l'a lancé sur une nouvelle collection autour du surf. Il a accumulé des milliers de souvenirs hawaiiens, australiens, basques, à la gloire des chevaliers de l'océan et de l'esprit du surf-riding. L'exposition Surfing Visual Arts, dans le cadre des célébrations du cinquantenaire, présente 600 pièces de sa collection, de la petite cuillère des années 1940 au tapis en forme de longboard.

Mais cet anniversaire sera surtout marqué par le Miacs, dans l'ancien garage Foch. Dans ce lieu exceptionnel, une friche industrielle de 1 000 mètres carrés sous verrière à l'architecture Art déco, Decoster a rassemblé les oe; uvres d'une cinquantaine d'artistes, sculpteurs, peintres, photographes, liés par une passion commune. Ils viennent de tous les océans du monde. Certains ne se lassent pas du cliché californien, l'acrylique hyperréaliste de la pin-up en maillot de bain dans le coucher de soleil électrique, mais il existe aussi une nouvelle vague, que Gérard Decoster appelle l' «école européenne, des artistes plus mûrs, inspirés par le pop art, le no pop art, l'art contemporain, le graff»... «Il n'y a pas de définition du surf art. C'est un thème commun, où s'expriment toutes les sensibilités, toutes les techniques, sur tous les supports», explique Loren Weber, la jeune galeriste biarrote associée dans cette aventure avec l'insubmersible Gérard Decoster (actuellement reconverti dans la décoration).

L'esprit large de ce marché convient bien à la grande famille du surf. Dans le garage Foch, il y a de la place pour le peintre de Honolulu Ron Croci, pour le travail conceptuel d'un artiste aussi reconnu que Bruno Peinado, dont les planches avec des scies en guise de dérive étaient il y a peu exposées au palais de Tokyo, à Paris, et pour les bois flottés de Gesa Ronge, glanés sur ses différents spots de glisse. Parmi les sculpteurs, Fabien Cayeré, dont on aime les statuettes en bronze à la manière des danseuses de Degas, sauf qu'il s'agit de surfeurs la planche sous le bras. Chez les peintres, il y a du Rodin dans les sirènes surfeuses de Céline Chat, pointilliste à gros grains; du Gauguin et du Cézanne dans les très belles toiles non dénuées d'humour de Fabrice Réhel; du cubisme dans les silhouettes déconstruites, démantibulées et un peu pantelantes de Maxime Frairot. Jules-Edouard Moustic aussi a aimé: le présentateur de 7 Jours au Groland, sur Canal +, lui a acheté un tableau l'an dernier. On relève aussi la présence d'un Sistiaga, Alain, le fils du grand Juan Antonio, fondateur mondialement acclamé du groupe d'avant-garde Gaur.

Tous ces artistes, dont l'inspiration jaillit des rouleaux d'écume, sont les héritiers de John Severson. L'Américain a créé un genre, un idéal, un mythe. Et Biarritz ne ferait pas partie de cette légende du surf s'il n'avait pas, encore lui, fait connaître la ville à la communauté américaine en publiant, en 1962, un article de Joël de Rosnay dans Surfer Magazine...